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amira2009
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من فضلكم اريد موضوعا حول المطالعة باللغة الفرنسية الان .انا في انتظاركم
06-02-2009, 10:45 AM
من فضلكم اريد موضوعا حول المطالعة باللغة الفرنسية الان .انا في انتظاركم
لا اله الا الله محمد رسول الله
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روان علي شريف
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رد: من فضلكم اريد موضوعا حول المطالعة باللغة الفرنسية الان .انا في انتظاركم
06-02-2009, 11:12 AM
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المشاركة الأصلية كتبت بواسطة amira2009 مشاهدة المشاركة
من فضلكم اريد موضوعا حول المطالعة باللغة الفرنسية الان .انا في انتظاركم
Principes : "C'est en lisant qu'on devient liseron" :-)

ou : Il n'y a que dans le dictionnaire que "réussite" vient avant "travail".

Le principe de base a été d'utiliser des méthodes proposées aux bons lecteurs ... avec des lecteurs faibles. Les élèves aiment ça! Pour une fois, on ne les prend pas pour des nuls ! Même les élèves de langue maternelle étrangère peuvent tirer leur épingle du jeu.

Vous trouverez donc sur les liens de cette page toute une série de fiches, d'exercices, de pistes à travailler avec vos élèves, en particulier ceux que j'appelle les "vieux débutants", ceux qui déchiffrent tout juste mais qui ne comprennent rien, ceux qui déchiffrent avec peine... et qui ont 12, 13, 16 ans !

1

14, RUE MANSARD
Anne Bechler
Illustration : Thierry Christmann




AVIS DE PASSAGE

Chers habitants du 14,

J'ai le plaisir, l'honneur et l'avantage de vous annoncer ma visite, chez vous, les 20, ou 21, ou 23 mars prochains.
D'ores et déjà je me réjouis de notre rencontre et j'ose espérer qu'il en est un peu de même pour vous.
A très bientôt, chers habitants du 14.

Paul - Votre centenaire.


V
oici, dans son intégralité, le message que découvrit dans sa boîte aux lettres chaque résidant de l'immeuble sis au 14 de la rue Mansard, en ce début du mois de mars 1991. Les lettres étaient toutes écrites à la main, à l'encre couleur sépia, calligraphiées avec élégance et fermeté sur un beau pa-pier très blanc dit « toile de Saint-Louis ». Chaque enveloppe portait les noms, prénoms, sobriquets ou diminutifs exacts des cent neuf habitants des vingt-huit appartements de l'immeuble. Et, visi-blement, l'expéditeur était au courant de tout.
Il n'ignorait pas, par exemple, que Mme Grondin avait quitté M. Grondin depuis un mois, puisqu'il l'avait barrée, sur l'adresse des Grondin. Il savait aussi que les Forest avaient accueilli chez eux Mme Forest mère (la grand-mère des trois petites Forest) : sur l'enveloppe, elle venait en tête de liste, Adélaïde, suivie de Mylène et Ralph, les parents, puis de Edith-Didi, Zoé-Zouzou, et Adèle-Mortadelle. L'aîné des Schmitt était en fugue; à côté de son prénom : un point d'interrogation. Sous l'adresse de Louis Breton qui rentrait d'un séjour à l'hôpital : un «Bon rétablissement» écrit avec des pleins et des déliés admirables. Même Her-cule N'Gueye, revenu, assez abattu, la nuit même, du Sénégal (où son équipe de foot avait raté de peu la Coupe d'Afrique), trou-va le message le lendemain, et se passa plusieurs fois en le lisant les doigts dans sa tignasse crépue.
Oui, le mystérieux épistolier semblait redoutablement informé sur chaque fait et geste des locataires. Preuve supplémentaire et irréfutable : il SAVAIT que Mme Michel avait un chat, en secret (croyait-elle), et cela en dépit du règlement intérieur qui interdisait formellement la présence d'ani-maux dans la maison. Au dos de son enve-loppe était dessiné un matou sépia et dé-bonnaire, avec une sorte de bâillon énigma-tique autour du museau.
Mme Michel, à l'instar d'autres destina-taires de l'étrange AVIS DE PASSAGE, se posa moult questions et se perdit en suppo-sitions incertaines. Comme elle, ceux qui, à la seule vue de l'enveloppe, s'étaient sentis découverts, repérés, l'examinèrent longue-ment, au recto et au verso, la triturèrent, éprouvant sous leurs doigts le grain du pa-pier, la soupesant comme si elle renfermait une menace, quelque chose qui pourrait leur éclater à la figure. Les autres, les dis-traits, les préoccupés, les blasés, les indif-férents, les effarés, les méfiants, les excé-dés, ramassèrent leur courrier du jour, dé-chiffrèrent le message en haussant les épaules, en secouant la tête, avant de le glisser dans leur poche, ou dans la poubelle à gauche de l'entrée. Mais on vit certains faire quelques pas sur le trottoir, se raviser, relever le col de leur pardessus et revenir farfouiller dans la poubelle afin d'y retrou-ver leur lettre.
Curieusement, personne ne fit part à son voisin de l'arrivée du message du cen-tenaire. Ni dans l'ascenseur, ni près des boîtes aux lettres, ni autour des poubelles, seuls endroits où, parfois, les habitants du 14 de la rue Mansard échangeaient quel-ques courtes impressions sur le temps, la repousse inégale des pelouses ou l'état tou-jours dé-plo-ra-ble de la cage d'escalier. Derrière ses lorgnons, Paul le centenaire jubilait. Il occupait depuis une petite tren-taine d'années un appartement minuscule au rez-de-chaussée de l'immeuble. (L'an-cienne loge du concierge, que les locataires croyaient affectée à un vague service admi-nistratif.) L'une des fenêtres donnait sur l'alignement des vingt-huit boîtes aux let-tres, l'autre presque à ras du gazon, sur les premières pâquerettes et le trottoir. Pour qui voulait saisir le moindre mouvement de la maisonnée, c'était l'appartement idéal.
Paul avait toujours été myope. Ce qui ne l'avait pas empêché d'exercer au cours de son siècle de vie des activités très diver-ses, comme, entre autres, souffleur de verre, artiste de variété, hussard, feuilleto-niste dans un quotidien de province, mar-chand de bois précieux au Congo, peintre sur verre... Doté d'une belle voix de bary-ton, il fut même un chanteur d'opérette très en vogue dans les années trente. Cepen-dant, en 1937, une chute malencontreuse dans la fosse d'orchestre, au cours d'une représentation des Cloches de Corneville, où il chantait sans lunettes, l'obligea à faire ses adieux à la scène.
C'est alors qu'il entama une autre tran-che de sa vie de centenaire en embarquant, en février 1938, sur le paquebot Sirius en partance pour l'Afrique.
Était-ce là-bas qu'il fut initié au Se-cret ? Ou peut-être le Secret aurait-il été l'unique but de son voyage ? Il aurait donc trouvé cet emploi de négociant en bois pré-cieux à seule fin de pouvoir payer sa tra-versée et son séjour ? Or, dans ce cas, cela signifiait qu'il avait eu connaissance du Se-cret bien avant son départ. Comment ? Par qui ? Hélas, tout ce qui se rapportait au Secret dans la vie de Paul était indéchiffra-ble. C'était posé comme un voile translucide et léger. De loin, on ne remarquait rien. Rien ne distinguait Paul des autres hu-mains. Sinon ses goûts un peu voyants en matière d'habillement et son penchant im-modéré pour les tubes de lait concentré sucré. Dès leurs premières apparitions à l'étal des épiceries fines, juste après la Grande Guerre, il en fit un usage intensif et régulier, et ne sépara plus jamais de son fameux tube blanc et bleu qu'il transportait dans la poche intérieure de ses vestons. Mais il ne pouvait s'agir là de preuves, loin s'en faut, ni même d'indices. Et pourtant... Dès 1912, on surprenait cette conversation, à propos de Paul, dans un petit village de l'Oise où il avait exercé le métier de ramas-seur de quilles :
- Moi j'te l'dis, Fredo : c'te gars-là, pour sûr, il a un secret !
- Non ?
- Si !
Ce qui était absolument sûr, c'était que le Secret de Paul n'avait rien à voir avec les «secrets de centenaires» que les journaux livrent de temps à autre à leurs lecteurs.
• De notre envoyé spécial à Doudinka, en Sibérie septentrionale :
- Cher monsieur Piotr Ivanovitch, pour nos lecteurs français, accep-tez-vous de nous révéler le secret de votre étonnante longévité ?
- DA, DA ! MATIN : LAIT CAILLE, BEAUCOUP LAIT CAILLE; MIDI : BI-SON FUME; SOIR VODKA, BEAU-COUP VODKA...
• De notre envoyé spécial à Kyoto, au Japon
- Chère madame Keiko Iamasura, pour nos lecteurs français, accep-tez-vous... etc., etc.
- HAI, HAI, MATIN : ALGUES FRAI-CHES, BEAUCOUP ALGUES FRAI-CHES; MIDI : POISSON CRU; SOIR SAKE, BEAUCOUP SAKE.
• De notre envoyé spécial EN CALIFOR-NIE, en direct de la résidence des célè-bres jumeaux centenaires :
- Chers messieurs William et Owen Irving, pour nos lecteurs français, acceptez-vous... etc., etc.
- OH YES, YES ! MATIN : CORN FLA-KES, BEAUCOUP CORN FLAKES; MIDI : CORNED BEEF; SOIR : BOURBON, BEAUCOUP BOURBON.
(On le voit, non seulement ces «révéla-tions» sont bien maigres, mais elles ont des retentissements désastreux sur la santé des lecteurs de faible constitution.)
Non, le secret de Paul était d'une tout autre nature. Il ne tenait ni dans une as-siette, ni dans un verre, ni dans un tube de lait concentré sucré. Ce n'était pas un se-cret de longévité. Paul lui-même s'étonnait chaque jour de son âge et de son état gé-néral exceptionnels. De temps en temps, (mais de temps en temps seulement) lui montait une grosse bouffée d'orgueil. «Cent ans, tu te rends compte, Paul ! Tu m'épate-ras toujours, va !» Ainsi se parlait-il, Paul, en se contemplant dans le miroir de la salle de bains, certains jours.
Le Secret n'avait pas épargné à Paul les épreuves, et ne l'avait pas mis à l'abri des peines. Mais sans lui, aucun des instants de sa vie n'aurait eu cet éclat spécial, cette rondeur, cette intensité, cette lumière, ce nacre, que le Secret donnait aux choses.
Toutefois, depuis son installation au numéro 14, Paul ne s'était lié avec per-sonne. Il menait une vie de précentenaire discrète, inaperçue. Les seuls à s'interroger à son sujet étaient les facteurs préposés à la distribution du courrier de la rue Man-sard. «Mais il reçoit un vrai courrier de mi-nistre, celui-là !» s'étonnaient-ils chaque semaine. A ceci près qu'aucun ministre au monde ne recevait de colis, de lettres, de cartes, aussi disparates que ceux de Paul. Quelles lettres ! Quelles cartes ! des papiers de toutes les couleurs, de toutes les textu-res, des formats insensés, en désaccord total avec les normes réglementaires de La Poste.
Paul répondait à tous les envois, confiant chaque jour au facteur plusieurs échantillons de sa belle écriture sur ses beaux papiers blancs.
Mais son courrier aux habitants du 14, il s'était chargé de le glisser lui-même dans les boîtes, l'après-midi, peu après quatorze heures, à «l'heure des repasseuses» (comme on dit à la radio).
L'idée du «passage» lui était venue quelques jours auparavant, au moment précis où il soulevait la feuille de FEVRIER», pour la faire basculer de l'autre côté du calendrier et qu'apparaissaient, rangés en ordre impeccable, les trente et un jours de MARS. En face du 20 mars étaient inscrits côte à côte les mots «printemps» et «cent ans».
Cette fois, Paul mon petit, se dit-il ten-drement à voix haute, c'est pour de bon - 100 printemps ! On y est, Paul, on y est ! Oh, mais on ne va pas y aller tout seul. Que nenni ! On va aller voir les autres là-haut et... tiens, on va leur offrir... LE CADEAU DU SIECLE ! Voyons... comment procéder, hmm ? Voyons un peu.
C'est ainsi que Paul en arriva à la ré-daction de l'AVIS DE PASSAGE.
Ensuite, son grand sujet de préoccupa-tion fut sa tenue. Il voulait (et c'était bien normal) ne négliger aucun détail, pour ap-paraître sous son meilleur jour, les 20, 21, 22 et 23 mars. Il songea à louer un frac, glisser un brin de muguet à sa boutonnière et rouler ses cheveux en toupet sur le de-vant, à la façon des chansonniers des an-nées vingt. Mais «trop cabotin», trouva-t-il. Il chercha autre chose (et... il n'avait plus que sept cheveux, qui se cramponnaient vaille que vaille, sur le sommet de son crâne; pour le toupet, cela n'aurait pas suf-fi). Et s'il sortait de la naphtaline un des grands boubous de cérémonie que lui avait offerts le chef Adekunla ? «Trop exotique.» Alors, quoi ? Un costume de scène ? Celui du cardinal, dans Les Mousquetaires au couvent ? «Trop ecclésiastique».

Finalement, il opta pour une tenue so-bre et de bon goût : pantalon de velours beige, pull noir à col roulé, le tout égayé par un magnifique gilet aux impressions cachemire, très chaudes, doublé de soie rouge, et rehaussé sur le devant de bran-debourgs de passementerie noirs.
Cette question essentielle de vêture ré-glée, il occupa beaucoup du temps qui res-tait jusqu'au 20 mars à observer ses colo-cataires avec encore plus d'attention que d'habitude. Durant cette période, ses échanges postaux s'intensifièrent de façon notoire. On avait dû adjoindre au facteur titulaire, surmené, un facteur stagiaire, uniquement chargé du courrier de Paul.
Enfin, le 20 mars à onze heures trente, Paul s'engouffra dans l'ascenseur et s'envo-la jusqu'au septième. Il savait bien que sur les vingt-huit portes de l'immeuble, certai-nes resteraient closes. pour celles-ci, il avait préparé un mot, sur un bristol glacé :
J'AI SONNE, PERSONNE N'A OUVERT. QUEL DOMMAGE. REGRET. PAUL - VOTRE CENTENAIRE.
Il faut dire qu'il ne sonna pas à toutes les portes. («Mais alors il a triché !» s'écrie-ront quelques esprits chagrins). A quoi bon, s'était dit Paul, à quoi bon forcer ces por-tes-là. Derrière, tout est déjà éteint. Il fau-drait des forces neuves pour remettre une étincelle de vie derrière ces portes. C'est un trop gros morceau pour moi. Hé, qui sait ? L'une des jeunesses de la maison se char-gera-t-elle du travail ? Paul songeait sur-tout à Adèle-Mortadelle, en qui il plaçait beaucoup d'espoir, bien qu'elle n'eût que six ans et vingt jours.
Débarqué sur le palier du septième, il glissa deux bristols glacés sous les portes de part et d'autres de l'ascenseur, et réjoui, sonna chez les Forest. Adèle-Mortadelle vint lui ouvrir.
- Qui c'est ? demanda quelqu'un la bou-che pleine.
- C'est PAS un vieux bonhomme avec un joli gilet.
Paul ne broncha pas; il connaissait l'oisillon.
- Eh bien, fais-le entrer, et surtout, ne claque pas la porte ! dit une autre voix, une voix d'homme.
Paul pénétra dans l'appartement. Mme Forest mère trottina à sa rencontre et le guida vers la cuisine. Elle s'enquit d'une voix douce :
- Vous êtes Paul, n'est-ce pas ? Vous avez cent ans vraiment ? Oh ! vous ne les faites pas du tout, mais alors là, pas du tout; et je ne dis pas ça pour vous flatter, vous savez. N'est-ce pas Ralph, qu'il est étonnant, cet homme ?
- J'aime beaucoup votre gilet, Paul. Où l'avez-vous trouvé ? intervint Mylène.
- Vous déjeunerez bien avec nous ? Nous avons de la flamiche aux poireaux. J'espère que vous aimez ?
S'il aimait la FLAMMICHE AUX POI-REAUX ! Paul glissa sa main gauche dans sa poche, resserra ses doigts autour d'un petit galet gris et ferma les yeux :
J'ai cent ans, c'est le printemps, et là dans quelques secondes, je vais porter à ma bouche un bout de FLAMMICHE AUX POIREAUX. Paul, mon petit, ceci est un moment parfait.
A cet instant, la porte d'entrée claqua avec une violence telle que tout le palier sembla vaciller.
- Adèèèle ! gémirent cinq voix en chœur.
Paul quitta l'appartement des Forest en fin d'après-midi. Il s'apprêtait à appeler l'ascenseur lorsque la porte de gauche s'en-trouvrit. La triste et pâle figure de M. Gron-din parut dans l'entrebâillement. Il tenait à la main le bristol de Paul.
- Excusez-moi, vous ne seriez pas... Paul ? Je suis désolé de ne pas avoir entendu votre coup de sonnette. Mais, venez, je vous en prie, entrez Paul, en-trez.
Paul fit encore une autre visite ce soir-là puis, fatigué, descendit se coucher. Le lendemain, il commença plus tôt. Au cours de la journée, il fit la connaissance de Min-guette, le chat tigré de Mme Michel, d'Her-cule, qui lui fit sentir sa collection d'huiles parfumées, du petit Vincent, inconsolable à cause de la disparition de son vélo bleu. Il parla peinture avec un locataire du troi-sième et chanta à tue-tête Le tango des fauvettes avec Julien, du premier. Les visi-tes se poursuivirent deux jours encore. Paul connut quelques déconvenues : des gens, pour qui il n'avait pas préparé de bristol, refusèrent tout net de lui ouvrir la porte, ou la lui refermèrent sèchement au nez. Mais l'inverse aussi se produisit, trois fois : des portes inattendues s'ouvrirent en grand. Chaque visite fut différente, unique. Chez certains, Paul parla beaucoup, chanta, réci-ta, commenta; chez d'autres, il ne fit qu'écouter, ou regarder, ou caresser. Mais tous ceux qui l'avaient reçu se trouvaient désormais en possession du Secret. La fatigue et les émotions accumulées au cours de ces quatre jours obligèrent Paul à prendre du repos. Quelqu'un vint le cher-cher dans une voiture verte pour l'emmener en Bourgogne.
Adèle-Mortadelle fut très affectée par ce départ. Elle décida d'envoyer chaque jour à Paul une lettre, sur laquelle elle col-lait des bouts de feuilles, des herbes, des fleurs, des morceaux de tissu ou d'écorce, des traînées de pollen, des petites plumes, un peu de tout ce qui retenait son regard entre le 14 de la rue Mansard et son école.
Paul répondait. Pas que Paul, du reste : elle recevait des réponses du monde entier. Réponses qui contenaient des éléments aussi intéressants que les siens, bien que fort différents. Par exemple, une certaine Naïssa, âgée de huit ans, lui envoya d'Égypte une peau de serpent et des coquil-lages.
Le 14 de la rue Mansard connut de pro-fonds bouleversements. M. Fayet, du qua-trième, organisa dans le hall d'entrée des expositions photos dont la première s'intitu-la : «Exposez vos portraits de famille». Il y eut des concerts sur la pelouse, et des chœurs spécialement composés pour être chantés de balcon fleuri à balcon fleuri. Hercule lâchait dans la cage d'escalier des bouffées d'ylang-ylang, de jasmin, de san-tal, de citronnelle, selon les jours. Les Fo-rest donnèrent sur le palier du septième des «soirées poireaux» fastueuses. Mme Michel se mit à s'intéresser au fonctionne-ment de la chaudière, et aux installations électriques. M. Grondin reprit des couleurs. Il y eut quelques déménagements (très peu). L'aîné des Schmitt revint de fugue sur le vélo bleu du petit Vincent. Il se révéla un excellent mime et fut chaudement applaudi à chacune des représentation. Adèle exigea - et obtint - la suppression du «Mortadelle» qui lui pesait sur l'estomac depuis quelque temps déjà. Le bureau de poste du quartier dut affréter une fourgonnette jaune La Poste spécialement pour venir déverser tous les matins l'ahurissant courrier du 14, rue Mansard.
Comme Adèle, chaque locataire qui en-voyait un petit mot à Paul recevait des di-zaines de réponses. Que s'échangeaient-ils donc, tous ces expéditeurs et tous ces des-tinataires ? Des «petits riens». Ces centai-nes de «petits riens» qui se déroulent sans arrêts, sans qu'on y prenne garde, à cha-que instant. Avec le Secret de Paul, les «petits riens» devinrent autant d'événe-ments passionnants, palpitants, ils se déta-chaient les uns des autres, comme des bul-les de savon irisées et chacun pouvait les admirer. Il y en avait tant qu'on ne pouvait les voir tous, mais on trouvait toujours quelqu'un pour vous raconter ceux que vous aviez raté.
Ainsi, au 14, rue Mansard, chaque journée devint une affaire extrêmement importante. Il fallait une vigilance sans faille pour ne laisser perdre aucun «petit rien»; il fallait, en outre, de l'imagination et de l'énergie pour faire connaître à son en-tourage ses «petits riens» préférés.
Des «petits riens», c'était là le nom du Secret de Paul. Alors qu'il était enfant, il avait trouvé dans le lit d'un ruisseau des petits galets gris très plats, ovales, et très doux au toucher. Fier de sa découverte, il les avait apportés à sa grand-mère que l'on disait un peu sorcière (on ne les avait pas encore toutes brûlées à cette époque).
- Paul, mon petit, comme tu es chan-ceux ! s'était-elle écriée en saisissant les cailloux. Tu viens de trouver des «petits riens».
- Des petits riens ? avait demandé Paul étonné.












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